La fabrique de la défiance… et comment s’en sortir (Ed. Albin Michel)

La France est une société de défiance, basée sur la conflictualité ?

Le petit Français arpente les salles de classe en découvrant les angoissants « classements » scolaires, puis découvre la vie professionnelle où on lui demande de respecter l’autorité tout en se méfiant de ses collègues, observe ce monde politique confondant souvent bien privé et bien public. S’ouvre à lui une société fondée sur l’individualisme, à tous les niveaux, de sa profession à la religion en passant par l’accès aux soins ou la vie sexuelle.

Dans cet ouvrage collectif, signé Yann Algan, Pierre Cahuc, André Zylberberg, le malaise français y est décrit patiemment, thème par thème, non pour stigmatiser cette fameuse fabrique de la défiance, mais pour tenter d’y remédier.

sylwester dla singli bieszczady De la division des Français

Matériellement, le constat n’est pas dur à établir. Selon les enquêtes du World Values Survey, sur 97 pays, la France se classe 58ème sur l’échelle de confiance (en 2007, seuls 22% des Français déclaraient faire confiance aux autres). Mais qu’est-ce que la méfiance ? Comment la mesurer ?

Les néophytes seront étonnés par le grand nombre d’expériences ayant été menées afin de discerner les comportements individualistes, voire égoïstes des individus en société, mis en avant dans cet ouvrage. A l’inverse, les expériences jouant sur la confiance au sein d’une communauté (l’exemple des citoyens plus enclins à payer leurs impôts parce que leurs voisins en font de même) sont éloquentes : il suffit parfois d’être rassuré(e) sur ce que l’ « autre » peut faire de bien pour nous pour que les comportements individualistes s’éteignent brutalement.

Qu’on le dise : les Français sont des insatisfaits. Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République, qui recense les plaintes des citoyens, en fait un constat inquiétant en ce qu’il juge que « cette société est en grande tension nerveuse, comme si elle était fatiguée psychiquement ». Les Français semblent perdre leur volonté de vivre ensemble. Or, ce malheur, cette angoisse n’ont pas trait à la richesse à proprement parler, nous avons un revenu par habitant comparable à celui de nos partenaires, et notre taux de pauvreté est parmi les plus faibles des pays occidentaux. Mais d’où vient alors ce mal être ? De la comparaison avec l’ « autre », d’un sentiment d’infériorité ? De nombreuses études montrent en effet que « les inégalités minent la cohésion sociale » et diminuent le bien-être général.

Les auteurs s’intéressent évidemment aux racines de ce malaise, souvent très lointaines historiquement parlant, ou profondément ancrées dans l’enfance ou les pratiques professionnelles. Selon les régions par exemple, un passé esclavagiste ou collaborationniste, ou bien un système d’éducation très vertical ou élitiste comme celui qui prévaut en France, sont autant de raisons qui instaurent une véritable défiance entre les populations.

Les systèmes prévalant dans le nord de l’Europe sont bien souvent montrés en exemple. Plus « horizontaux » (écoles), plus coopératifs (syndicats-entreprises), moins corporatistes, moins clientélistes, moins corrompus, ceux-ci semblent mieux à même de créer du lien social, et une certaine stabilité au sein de la population, selon les auteurs. Néanmoins, même ces pays ont connu d’importants conflits répétés et violents, avant de connaître un certain progrès dans le dialogue, et c’est peut-être là le message le plus important véhiculés par les auteurs de l’ouvrage : « Il n’existe pas de culture perpétuelle du conflit. La conflictualité n’est pas plus inscrite dans les gènes des Français que dans ceux des Danois ».

Par les multiples expériences disséquées, l’ouvrage s’avère être d’une qualité scientifico-sociologique rare, et ne manquera pas d’éveiller la curiosité des lecteurs s’interrogeant sur les causes et conséquences de cet étrange mal-être Français.

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Bottrop Yann Algan est économiste et professeur à Sciences Po. Son livre La société de défiance lui a valu le prix du meilleur Essai (Lire-RTL-LCI) en 2007, et le prix du livre d’économie en 2008.

Pierre Cahuc est économiste et professeur à l’École polytechnique. Il a récemment publié La Machine à trier : comment la France divise sa jeunesse, et Les réformes ratées du président Sarkozy.

André Zylberberg est économiste, spécialiste du marché du travail, et Directeur de Recherche au CNRS. Parmi ses ouvrages récents, l’on pourra citer Les réformes ratées du président Sarkozy ou Le chômage, fatalité ou nécessité ?.

Parmi les derniers ouvrages chez Albin Michel : Le bûcher des vaniteux (Eric Zemmour), Nous sommes des sang-mêlés : Manuel de civilisation francaise (Lucien Febvre, François Crouzet).

 

Pour en savoir plus sur les nouvelles publications, rendez-vous directement sur le site des éditions Albin Michel.

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