Le Porn 2.0 contre l’industrie du X

L'industrie pornographique en crise

L’industrie du X a de plus en plus de mal à faire face à son pire ennemi : le Porn 2.0, et la gratuité que ce dernier signifie. Le X gratuit perdrait-il de son charme ?

On dit souvent que le sexe permet de vendre à peu près tout et n’importe quoi. Mais qu’en est-il à l’ère du gratuit ? Aujourd’hui, c’est la pornographie elle-même qui a du mal à se vendre. La cause de cela ? Le développement du Porn 2.0, sans doute le pire ennemi que l’industrie du X traditionnelle a jamais connu.

On le sait, Internet a largement répandu l’idée qu’il était possible d’obtenir des services gratuitement, légalement ou non. Hollywood, comme l’industrie du disque, en font les frais depuis quelques années déjà. Droits d’auteur, rémunérations des artistes, bannières publicitaires, streaming, réseaux sociaux, voici quelques-uns des éléments qui viennent immédiatement à l’esprit lorsque l’on songe à la gratuité proposée par Internet. Et si nous aimerions que ce soit là la solution d’avenir pour les consommateurs comme pour les entreprises, une sorte de système gagnant-gagnant, la réalité est bien plus mitigée. Certes, le modèle de Google, celui des publicités comme principale ou unique source de revenus, s’est largement développé sur Internet et constitue une réponse efficace et ingénieuse à certaines opportunités que propose la Toile. Il demeure malgré tout évident que la gratuité pour le consommateur ne peut pas être le business model de tous les secteurs. Et parmi les victimes, l’industrie pornographique traditionnelle, celle des DVD et des studios de production, se trouve paradoxalement en première ligne.

Internet, paradis anonyme

Paradoxalement, parce que la pornographie est le secteur qui se développe le plus rapidement sur Internet : près d’un quart des requêtes effectuées sur des moteurs de recherche en ligne lui sont liées, et on considère qu’entre 10 et 30% des sites existant ont un lien avec la pornographie ! Chaque seconde, ce sont plus de 28 000 internautes qui regardent un contenu pornographique sur Internet, les Etats-Unis étant de très loin les plus grands pourvoyeurs et consommateurs de pornographie en ligne. On pourrait donc penser qu’Internet est une aubaine sans précédent pour l’industrie du X. Pourtant, force est de constater que si le Net est le terrain idéal pour les consommateurs de pornographie, il n’en est pas de même d’un point de vue économique pour les entreprises traditionnelles. Si ces dernières se sont plutôt bien adaptées à ce média dans les premières années, elles souffrent aujourd’hui d’une nouvelle concurrence, celle du Porn 2.0, qui s’inscrit dans le courant plus large de ce que l’on appelle le Web 2.0, où l’internaute cesse d’être un simple spectateur pour devenir un véritable acteur et créateur de contenu sur Internet. C’est le modèle de Youtube dont se sont inspirés essentiellement les nouveaux sites pornographiques, à savoir des vidéos en streaming, totalement gratuites, mises en ligne par les internautes eux-mêmes. Aujourd’hui, les sites les plus importants proposent plusieurs centaines de milliers de vidéos et plusieurs millions de visionnages chaque jour. De quoi mettre à mal les studios et sites traditionnels.

Consommer sans payer

En effet, alors que les consommateurs devaient auparavant payer pour regarder des vidéos, en faisant l’achat d’un DVD ou bien en souscrivant un abonnement à un site, le Porn 2.0 rend (presque) tout cela gratuit. Il faut dire que ce dernier présente des avantages incontestables : alors qu’Internet permet un plus grand anonymat, les sites 2.0 ne vous demandent aucune information personnelle, et surtout pas le numéro de votre carte de crédit. De plus, la quantité et la variété des vidéos des sites 2.0 les plus importants dépassent de loin les sites payants, c’est-à-dire qu’il est désormais possible de trouver tous les types de vidéos et de pratiques sexuelles sur un même site, sans devoir souscrire à plusieurs abonnements. De la même façon, l’engouement actuel pour les vidéos d’amateurs ne peut que renforcer la force du Porn 2.0. Il faut enfin ajouter que l’augmentation des débits offerts par les fournisseurs d’Internet rend possible la diminution du temps de chargement d’une vidéo en streaming, ainsi que l’augmentation de la qualité et de la résolution des sites, qui sont souvent désormais comparables à celles d’un DVD : le Porn 2.0 n’a plus rien à envier aux sites payants.

Un modèle à redéfinir

Alors, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Sans doute pas. Non seulement, les producteurs professionnels de pornographie voient leurs revenus chuter, mais en plus le business model du Porn 2.0 est plus fragile qu’il n’y paraît : le coût de la bande-passante de tels sites, qui peut aller jusqu’à plus de 3 téraoctets (1 To faisant 1012 octets) par jour, n’est guère couvert par les revenus générés par la publicité. Beaucoup de ces sites ne sont donc qu’à demi-gratuits et multiplient actuellement des services additionnels payants. Enfin, le Porn 2.0 accentue indirectement les dérives de la pornographie en ligne, en favorisant l’impossibilité de vérifier l’âge des internautes, ou encore les droits d’auteurs et le consentement des personnes dans la diffusion des vidéos. A l’instar de Youtube et des sites de téléchargement gratuit, le Porn 2.0 n’a donc pas encore totalement trouvé le moyen idéal d’assurer sa pérennité et sa rentabilité. Pendant ce temps, il continue d’affaiblir le secteur du X dans son ensemble, a fortiori dans un contexte de crise, qui pousse les consommateurs à privilégier le gratuit, situation qui avait conduit le célèbre Larry Flint à demander en janvier dernier au Président Obama d’inclure l’industrie pornographique dans son plan de sauvetage économique, le fameux Stimulus Package…

Benjamin Boeuf est étudiant à ESCP Europe, et suit une spécialisation en Marketing. Consultez son profil ici.

Catégories : Actualités | Tags : , , , | 5 commentaires

(5) commentaires

  1. Bon article!
    Amusant de voir que même le secteur du porno peut connaître une certaine crise

  2. Si on laisse faire, un jour il n’y aura plus de films de boules!

  3. « (1 To faisant 1012 octets) »
    Euh… un peu plus, non ? ;)

  4. @Romain Pignoux : Il souffre certainement autant que le secteur de la musique ou du cinéma…

    @Henry Cow : La base de données sur internet est quand même encore assez importante pour satisfaire les plus curieux ;)

    @Armageddon : C’est une erreur liée à l’éditeur web, c’est corrigé, merci pour l’avoir signalée !

  5. victime de son succès

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