L’Europe, cet éléphant réveillé

EU-summit

D’un sommet international, il ne peut ressortir, pour la photographie finale, que des vainqueurs. La coutume est de règle, tant les chefs d’Etat tremblent à l’idée de perdre la face vis-à-vis de leurs homologues et, in fine, vis-à-vis de leurs électeurs nationaux. Le dernier sommet de l’Union Européenne, s’il accouche d’avancées économiques notables, dérogerait-il à la règle ?

De l’importance d’apparaître parmi les décideurs

Les réunions du conseil se multiplient comme des petits lapins. Censées avoir lieu trois fois par an à leur commencement en 1975, on en compte plus d’une trentaine depuis 2007, où les premiers symptômes d’une crise majeure se firent sentir (profit warning de la banque HSBC, le leader du subprime américain New Century Financial Corporation placé sous la protection d’une procédure Chapter 11, gel des fonds immobiliers US de la part de BNP, entre autres…).

Depuis l’arrivée à la présidence d’Herman Van Rompuy, début 2010, les dirigeants de l’Union Européenne se sont ainsi réunis une vingtaine de fois, pour des sommets officiels ou informels. Face à cette réunionite aigüe, signe d’une urgence pressante, on constatera que les initiatives autrefois portées par le couple franco-allemand, à l’instar du couple Sarkozy-Merkel, ont progressivement changé de bras bienfaiteurs. Désormais, les décideurs sont plutôt issus des rangs du quartet : Baroso (Président de la Commission Européenne), Van Rompuy (Président du Conseil), Juncker (Président de l’Eurogroupe) et Draghi (Président de la Banque Centrale Européenne).

A la sortie du dernier sommet, si François Hollande et les pays du Sud de l’Europe pouvaient faire mine de sourire, cependant qu’Angela Merkel grimaçait, il n’en demeure pas moins qu’un véritable transfert du pouvoir décisionnel a été opéré, face à l’inertie flagrante des dirigeants du vieux continent depuis le début de la crise. Car c’est bien le quartet qui est à l’origine de la feuille de route du dernier sommet, à laquelle les dirigeants ont été priés de se soumettre.

Parmi les différentes avancées obtenues, l’on pourra citer la construction d’une union bancaire plus élaborée, à travers une supervision plus importante accordée à la Banque Central Européenne, ainsi que la possibilité donnée au Mécanisme Européen de Stabilité (MES) d’octroyer directement des liquidités au sein des banques en difficulté, sans déclassement de séniorité pour les dettes détenues par les Etats. On se rappellera que les deux principaux problèmes soulignés par les observateurs quant au MES étaient d’une part son incapacité à acheter autre chose que de la dette primaire d’Etats, d’ailleurs sous réserve d’unanimité et de conditionnalité, et, d’autre part, son statut de créancier privilégié, qui reléguait les autres détenteurs de dette à un plan secondaire. Ces points sont notamment très importants dans le cas de l’Espagne, où le gouvernement n’avait pu calmer les marchés malgré un plan d’aide de 100 milliards d’euros. Ce plan, négocié à l’arraché auprès des instances européennes et qui visait à secourir un secteur bancaire en grande difficulté, avait été vivement critiqué pour son application sur le plan technique.

Autre grande mesure obtenue, sur le plan du financement de l’économie : l’adoption d’un « pacte de croissance et de l’emploi », avoisinant les 120 milliards d’euros. Le capital à disposition de la Banque d’Investissement se voit ainsi augmenter de 10 milliards, pour être porté à un total de 60 milliards d’euros. Les fonds devront être dirigés vers les pays les plus vulnérables, d’ici le 31 décembre 2012. La première phase des fameux Project Bonds va également démarrer grâce à 4,5 milliards d’euros débloqués, principalement pour les secteurs du transport, de l’énergie et des télécommunications. Enfin, une partie des Fonds Structurels pourra être allouée à la recherche et au développement, aux petites et moyennes entreprises ainsi qu’à l’emploi des jeunes, jusqu’à 55 milliards d’euros.

Une vague de liquidités donc, qui aura signé une véritable victoire pour les pays du Sud, tout en mouillant les socquettes d’Angela Merkel. Les mesures ont été accueillies avec bienveillance par les marchés, en témoigne la clôture de l’Eurostoxx 50, en hausse de 4,96% sur la seule session du vendredi 29 juin.

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