Le Hedge Fund Derwent Capital Markets investit en fonction de l’humeur de la Twittosphère

Derwent Capital Markets

5h00. Le réveil de Paul Hawtin s’énerve, et sonne le glas d’une courte nuit. Dans la cuisine, la machine à café s’est déjà lancée automatiquement, tandis que les premières analyses du marché arrivent avec douceur sur l’Ipad qui trône au milieu de la table, abandonné là, entre une tasse vide et de fades biscuits sous cellophane.

Les nouvelles sont bonnes. La twittosphère américaine s’est laissé allée à un regain d’optimisme pendant que les âmes londoniennes jouaient avec Morphée. On ne compte plus les tweets à caractère positifs sur les thèmes de la reprise, ou sur les nouvelles introductions en Bourse des grands réseaux sociaux. L’Asie n’est pas en reste. De l’autre côté de la planète, l’on souligne les progrès en matière d’exportations – le pays du soleil levant rivalise d’ardeur vis-à-vis de son confrère chinois, l’indice phare japonais connaît sa plus forte hausse journalière depuis un mois.

Paul Hawtin a déjà pris sa décision. Aujourd’hui, il jouera contre la volatilité dans les marchés, et ouvrira de nouvelles positions à la hausse sur les indices européens, lesquels ont toujours eu la fâcheuse tendance d’être à la traîne ces dernières semaines. Le petit oiseau bleu twitterien piaffe d’impatience : il est temps d’anticiper et de prendre des risques.

Depuis qu’il dirige son hedge fund, Derwent Capital Markets, M. Hawtin ne prête plus attention aux critiques sur ses méthodes d’investissement. Pas plus qu’il n’idolâtre les indicateurs classiques de la peur, comme le niveau du VIX, les divers ratios call/put, ou le coût des Credit Default Swaps sur les obligations souveraines. Tout est une question de psychologie et de quantification : il faut regarder là ou personne n’a encore jeté ses yeux.

« Depuis des années, les investisseurs ont largement accepté l’idée que les marchés financiers étaient guidés par la peur et l’avidité, mais jusqu’à présent nous n’avons jamais eu la technologie ou les données capables de quantifier les émotions humaines. Il s’agit de la quatrième dimension. »

Paul Hawtin, communiqué de presse émis au lancement du fonds Derwent Capital Markets, le 16 mai 2011.

Si la twittosphère est certes polluée d’innombrables avis sur la nouvelle coupe de Justin Bieber, ou sur le dernier accessoire ladygagesque âbsolument in-cro-ya-ble, des chercheurs de l’université de l’Indiana ont tout de même découvert que l’humeur affichée des utilisateurs de Twitter et le Dow Jones Industrial Average (DJIA) montraient une certaine corrélation. Les très sérieux Johan Bollen, Huina Mao et Xiao-Jun Zeng trouvent une force de prédiction de l’ordre de 87,6% des mouvements de l’indice, sur une durée de 3 à 4 jours. Pour arriver à leurs conclusions, 9,853,498 tweets publiés entre février et décembre 2008, par 2,7 millions d’utilisateurs, ont été décortiqués, puis répertoriés entre six états d’esprits.

Le parvis du quartier de Mayfair est déjà bien peuplé. Les cravates et costumes tirés à quatre épingles s’entrecroisent dans un silence sérieux. Les esprits sont déjà plongés dans les performances du jour, les actions à surveiller, les études à écrire. A la sortie de son cab, M. Hawtin lâche un tweet sur son compte personnel pour souligner la radieuse journée qui s’étend devant lui. Sa façon à lui d’influencer le marché. En mai dernier, Derwent Capital a réussi à lever 40 millions de dollars, pour appuyer ses stratégies. Ces dernières ne sont pas totalement basées sur l’humeur twitterienne, mais ses algorithmes, créés à l’aide de J. Bollen, s’en servent comme véritable indicateur d’investissement.

Quelques années de trading et plusieurs déclarations de résultats permettront d’évaluer le bien-fondé d’une telle philosophie.

A lire :
- « Twitter mood predicts the stock market », Johan Bollen, Huina Mao, Xiao-Jun Zeng, 14 octobre 2010.

Emmanuel Lafon est diplômé d'ESCP Europe, après une spécialisation en finance de marché.

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