Le Rapport Beveridge – Le texte fondateur de l’État-providence (Editions Perrin) | Economie Magazine

Le Rapport Beveridge – Le texte fondateur de l’État-providence (Ed. Perrin)

L'économiste William Beveridge écrit un rapport sur la sécurité sociale

Economiste relativement méconnu du grand public, William Beveridge a pourtant eu un impact considérable sur nos vies. Le penseur de l’État-providence a largement inspiré les travaillistes britanniques lors de la publication de son rapport en 1942, mais nous a également influencés, nous autres Français, lors de la création de la sécurité sociale. Une réflexion somptueuse, que les éditions Perrin nous donnent l’occasion de redécouvrir, à l’occasion de cette première traduction française.

Un tournant décidé en pleine période sombre de l’Histoire

Comment ne pas être surpris d’abord par la date de publication de ce rapport adressé au Parlement, L’Assurance sociale et les prestations connexes, en novembre 1942 ? Comme le fait remarquer François Hollande, auteur de la préface, cela ne relève pas du hasard. La Grande-Bretagne, esseulée, isolée, comprend que la « cohésion sociale passe également par la protection des plus fragiles », et entend bien affirmer sa singularité face aux régimes les plus autoritaires. La véritable tyrannie n’est-elle pas de dresser les citoyens les uns contre les autres, accuser les nécessiteux, et laisser une société se déliter pour la livrer aux extrémismes ?

Les recommandations de Beveridge sont doubles, et peuvent paraître triviales à notre époque, preuve s’il en faut encore une du chemin parcouru en matière de protection sociale. Celui qui est alors à la tête d’une commission interministérielle très marginale, mais convaincu de son impact sur la société britannique, propose d’abord de réformer et étendre à l’ensemble des individus l’assurance sociale qui existaient déjà depuis le début du XXème siècle. Comme le souligne Jose Harris, en charge d’introduire le rapport dans cet ouvrage, l’idée est de « couvrir l’interruption de revenus, causée par la maladie, le chômage, l’invalidité ou la vieillesse », et d’en faire un système véritablement général, « national ». En second lieu, Beveridge dessine les contours d’un système étatique interventionniste, avec une planification directe et une redistribution au moyen de l’impôt, pouvant se matérialiser à travers une « aide à la scolarisation des enfants, l’accès aux soins médicaux gratuits et la prévention du chômage structurel de longue durée ».

Le présent ouvrage passe donc en revue les postulats formulés par William Beveridge, de façon abrégée, pour davantage de clarté. La première partie du rapport, L’Assurance sociale et les prestations connexes, reprend les grandes lignes des mesures énoncées ci-dessus. Peut être l’élément le plus intéressant, qui n’est pas une mesure, est il la clairvoyance dont a fait preuve l’auteur en poussant son rapport en pleine période sombre. Ce qui devrait nous inciter à réfléchir, en ces temps européens troublés.

Le contexte présent, où la guerre tend à abolir les distinctions les mieux établies, nous offre la possibilité d’agir sur une table rase. Les circonstances révolutionnaires de ce moment historique ouvrent la voie à des révolutions, non à des aménagements.

William Beveridge, L’Assurance sociale et les prestations connexes, 1942

L’auteur cite ensuite les fameux cinq géants à abattre à travers l’assurance sociale : l’indigence, la maladie, l’ignorance, la misère et le désœuvrement. Non sans rappeler que la sécurité sociale est une affaire de coopération entre l’Etat et les individus, et qu’elle ne doit pas annihiler l’esprit d’initiative et de responsabilité. Enfin, pour parvenir à la mise en place du dispositif, Beveridge introduit six principes fondamentaux : « l’introduction d’un taux de base ouvrant droit à une allocation de subsistance ; l’introduction d’un taux de base pour la cotisation ; l’unification de la responsabilité administrative ; l’adoption d’un niveau d’allocations adéquat ; la généralisation à tous du système et la définition d’une classification de la population ».

Le reste du rapport décrit précisément les aides, sous quelles conditions elles peuvent être obtenues, qui y a droit, pour combien de temps – des prestations médicales aux retraites en passant par les allocations formation, et l’on sera surpris de constater à la fois le niveau de détail imaginé par l’auteur, ainsi que la pertinence de certaines aides, qui survivent encore aujourd’hui. Pour William Beveridge, le système était d’ailleurs clair : les principes demeurent, seuls les taux et les conditions changent.

Deux jours après la publication de l’ouvrage en 1942, 600 000 exemplaires du rapport Beveridge furent écoulés, signant là un véritable succès dans l’opinion publique. Combien aujourd’hui prêteront encore attention à ce leg unique en son genre ?

Les dernières parutions des éditions Perrin

Parmi les derniers ouvrages des éditions Perrin : Le déclin de Rome et la corruption du pouvoir (Ramsay MacMullen), Solférino (Pierre Pellissier).

 

Pour en savoir plus sur les nouvelles publications, rendez-vous directement sur le site des éditions Perrin.

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