Eric Zemmour : Le bûcher des vaniteux (Ed. Albin Michel)

Eric Zemmour et le bucher des vaniteux

Que l’année 2011 fut riche en soubresauts ! D’une centrale japonaise qui traîne les pieds dans l’eau au mystère de la chambre 2806 au Sofitel de New York, en passant par le printemps arabe et l’éboulement économique de l’Acropole, Eric Zemmour aura été le témoin acerbe d’une année pour le moins chaotique.

http://nova7.fr/?faceltop=annonce-rencontre-scato&e21=94 Les prophéties du quotidien

Ses chroniques sont brûlantes. D’ordinaire dispensées sur les ondes de RTL de bon matin, elles sont ici rassemblées au sein d’un même ouvrage. Le bûcher des vaniteux veut raconter cette année où les masques sont tombés. La plume écorche. Elle décolle les croûtes de ce que Zemmour appelle les vaniteux. On reconnaît aisément la verve de l’auteur, à la fois force et faiblesse.

On le voit s’indigner contre « papy Hessel », railler la politique de la ville imposée à un « État mamma (…) devenu obèse » et qui répare inlassablement les banlieues, s’insurger contre l’explosion du nombre de fonctionnaires, vitupèrer le président actuel sur son penchant kennedyiste.

Empreint d’un ton vif, ce recueil montre également à quel point l’auteur n’aime pas que l’on raconte des histoires, ou pire, que l’on refasse l’Histoire. Frédéric Mitterand peut ainsi être brocardé lorsqu’il feint de redécouvrir que Céline était un antisémite, certes brillant, mais antisémite tout de même. Polymorphe insatiable, Zemmour peut revêtir les oripeaux de gaullistes oubliés lorsqu’il critique l’usage par Nicolas Sarkozy des divers « machins » de la planète, de bonapartistes belliqueux lorsqu’il pointe les rapports ambigus de la France à sa révolution ou à ses échecs militaires, de réactionnaires franchouillards lorsqu’il critique cette Education Nationale qui s’anglicise.

Jamais content, toujours contre, jamais outrageux non plus, n’oublions pas que la véritable force de Zemmour est que, parmi les centaines de sujets qui passent sous sa plume, il y en a forcément une poignée qui nous révolteront, et quelques-uns qui nous conforteront. On aime, on n’aime pas. On l’aime, on ne l’aime pas. Dans tous les cas, force est de reconnaître que si chaque chronique se veut incisive, elle n’en demeure pas moins argumentée.

Evidemment, avec le recul, certaines des prophéties se sont avérées partiellement fausses. Aucune horde de libyens n’est venue s’échouer sur les côtes bretonnes après la chute de Kadhafi, pas plus qu’il n’y eut de partition entre la Cyrénaïque, la Tripolitaine et le Fezzan – c’est plutôt le pays entier qui s’est désagrégé après la chute du dictateur. L’espace Schengen, la libre circulation des personnes et des produits qu’il incarne, si souvent vilipendés à travers le recueil ne semblent pas être la cause première des maux actuels. Zemmour pensait que les primaires socialistes n’allaient pas légitimer le candidat choisi or s’il est une leçon qui fut bien retenue lorsque celles-ci prirent place, ce fut celle du danger de la désunion ; l’expérience Royal ne s’est pas répétée. Il pensait en outre ne pas revoir de sitôt un Français à la tête du FMI après l’affaire DSK-Diallo. Il n’avait qu’à moitié faux car, ironie de l’histoire, ce fut finalement une Française qui en prit les rênes.

Fin commentateur du monde politique et de ses combines politiciennes, l’auteur n’oublie pas de se pencher sur les grandes questions économiques qui ont jalonné l’année, notamment l’Europe avec le vacillement de la Grèce ou les aventures du couple franco-allemand. Pour autant, la financiarisation des économies n’est que peu critiquée, l’urgence industrielle peu évoquée, alors que la perte de compétitivité des pays occidentaux ou l’affaiblissement des souverainetés nationales sont, elles, relativement bien soulignées.

Zemmour se meut à la manière d’une rapière napoléonienne. Il vous pousse à réfléchir. Quelques attaques trop prévisibles sont à esquiver, mais dans l’ensemble, elles méritent d’être écoutées.

Yanamalakuduru Plus d’économie chez Albin Michel

Eric Zemmour est journaliste et polémiste. Après avoir officié durant de nombreuses années dans l’émission de Laurent Ruquier On n’est pas couché, il anime aujourd’hui Ca se dispute sur i>Télé et Z comme Zemmour sur RTL.

Parmi les derniers ouvrages chez Albin Michel : La conscience métisse (Daryush Shayegan), Nous sommes des sang-mêlés : Manuel de civilisation francaise (Lucien Febvre, François Crouzet).

 

Pour en savoir plus sur les nouvelles publications, rendez-vous directement sur le site des éditions Albin Michel.

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