Le socialisme à l’épreuve du capitalisme (Editions Fayard) | Economie Magazine

Le socialisme à l’épreuve du capitalisme (Ed. Fayard)

Socialisme et capitalisme

Le socialisme semble aujourd’hui être pris dans étau, serré par une critique rejetant tout du capitalisme, affecté par un manque de cohérence à l’international, traînant une histoire parsemée d’échecs, faite d’expériences brutales ou éphémères. Pourtant, la crise du capitalisme financier, les dégâts de la mondialisation ou l’apparition de nouvelles formes d’échanges plus respectueuses des hommes sont des raisons parmi tant d’autres amenant les penseurs à ré-esquisser une alternative économique et sociétale. Plus d’une vingtaine d’auteurs se sont ainsi réunis autour du Socialisme à l’épreuve du capitalisme afin de réfléchir à l’évolution de ce courant de pensée.

Socialismes d’hier et d’aujourd’hui

Quatre moments historiques peuvent être dessinés. Avant 1914, le socialisme se caractérise par l’objectif d’abolition du capitalisme. La grande question clivant les différents mouvements était (et restera pendant de nombreuses décennies) de savoir si la refonte devait se faire par des réformes ou par la révolution.

Si la vision de Marx laissait penser que le capitalisme ne pouvait qu’imploser, notamment à cause de la baisse tendancielle du taux de profit et de la polarisation de plus en plus marquée entre le prolétariat et la bourgeoisie, les cassandres se sont progressivement faits une raison. Les crises, loin d’annoncer l’écroulement imminent du système, ont d’ailleurs montré qu’elles pouvaient parfaitement cohabiter sur le long terme avec le système dont elles découlent. On retrouve en première partie de l’ouvrage la formation de la pensée de Jean Jaurès puis la création d’une résistance concrète au capitalisme. Résistance longtemps bloquée de fait par la loi Le Chapelier au XIXè siècle, et qui explique pourquoi les premières mutuelles et premiers syndicats mirent du temps avant d’apparaître en France.

Il faudra attendre l’entre-deux-guerres et la crise de 1929 pour que l’idée d’une direction de l’économie capitaliste ne se concrétise, avec la pression du mouvement syndical ou la mise en place de politiques publiques, à travers des personnages, certes différents, tels que Léon Blum et John Maynard Keynes. Si l’expérience blumiste se révèlera être un demi-échec, l’impact des relances keynésiennes se fera, lui, sentir jusqu’à nos jours.

L’après-Seconde Guerre mondiale consacre un socialisme encore plus installé dans un compromis avec le capitalisme. Si la propriété privée n’est plus ardemment rejetée, force est de constater que la direction de l’économie, à travers un Etat-providence fort, redistributeur et keynésien, est devenue monnaie courante. En France, les années 1960 marquent l’apparition d’un personnage durablement inscrit dans l’histoire de la gauche, François Mitterrand, tandis que de nombreux socialistes arrivent à la tête des grandes directions économiques de l’Etat, notamment avec la naissance du CEDEP (Centre d’études et de promotion) de Pierre Mauroy et du CERES (Centre d’études, de recherche et d’éducation socialiste) de Jean-Pierre Chevènement. Parallèlement à cela, les auteurs de l’ouvrage s’intéressent aux autres formes de socialisme ayant vu le jour de l’autre côté de nos frontières, principalement dans les pays nordiques, et surtout en Allemagne à travers l’adoption revigorante du programme de Bad Godesberg par le SPD.

Enfin, les années 1970, brûlées par deux chocs pétroliers successifs et une longue crise du système industriel occidental, finiront par ébranler sérieusement les politiques sociale-démocrates. Non seulement leur portée semble alors discutable, comme en témoigne le débat naissant sur les « îlots de pauvreté » (ces bidonvilles et classes sociales n’accédant pas au bien-être malgré un capitalisme d’abondance), mais en plus les Etats-nations perdent de leur influence face à la construction de l’Europe, et voient s’effriter leurs capacités d’action à mesure qu’ils plongent dans la spirale de l’endettement. Les dernières décennies consacreront l’arrivée d’un capitalisme financier, mondialisé, où les systèmes de protection sociale seront fortement remis en cause. Comment alors continuer de concilier socialisme et capitalisme ?

Le socialisme à l’épreuve du capitalisme, ouvrage de grande qualité, retrace l’histoire unique du socialisme, construite sur plus d’un siècle de pensée, de mises en application, de réformes et d’hésitations, de succès et d’échecs, et permet de rappeler quels seront les défis de ce mouvement, dans des sociétés désireuses de se réinventer face à la crise, dans leur système économique aussi bien que dans la façon d’envisager le lien social entre les individus.

Plus d’ouvrages chez Fayard

Vingt-trois auteurs ont contribué à l’élaboration de cet ouvrage consacré au socialisme, sous la direction de Daniel Cohen et Alain Bergounioux.

Daniel Cohen est professeur de sciences économiques à l’Ecole normale supérieure et vice-président de l’Ecole d’économie de Paris.

Alain Bergounioux est inspecteur général de l’Education nationale, historien, directeur de la Revue socialiste et professeur associé à Sciences Po Paris.

Parmi les derniers ouvrages chez Fayard : Poutine : L’homme sans visage (Masha Gessen), Cessons de tuer la terre pour nourrir l’homme ! (Jean-Marie Pelt).

 

Pour en savoir plus sur les nouvelles publications, rendez-vous directement sur le site des éditions Fayard.

Economie Magazine est un site d’information grand public né en 2009, traitant de l’actualité économique, politique et entrepreuneriale française et mondiale. Pour de plus amples informations, pour des demandes de partenariat, n'hésitez pas à nous contacter.

Catégories : Actualités, Culture & Littérature | Tags : , | Publiez votre commentaire

Laisser un commentaire

Les champs obligatoires sont indiqués avec *